Vincent Cuvellier est un auteur jeunesse connu et reconnu dans le monde de l’édition jeunesse. En librairie, j’avais déjà remarqué et apprécié La légendaire histoire des douze sœurs Flute. Il a écrit d’autres albums mais aussi des romans (premières lectures, junior et ados). Depuis le mois de mars, il inonde les étagères du rayon jeunesse avec la parution de quatre albums dont la réédition de La première fois que je suis née (qui a reçu le prix des Incorruptibles en 2009) transformé pour l’occasion en livre disque.

Après la lecture de ces trois nouveaux albums, j’en suis arrivée à la conclusion suivante : Vincent Cuvellier est un paradoxe à lui tout seul. Il a su me faire passer de la colère au rire en moins de temps qu’il ne faut pour le lire. C’est dit : Vincent Cuvellier est la réincarnation de la douche écossaise. Avant de vous donner des explications, j’ai jugé utile de vous mettre quelques extraits du texte dans la vignette en bas de la page. Je vous rappelle quand même que le texte appartient aux éditions Gallimard Jeunesse.

 

enfants sont méchants

Les enfants sont méchants, texte Vincent Cuvellier, illus Aurélie Guillerey,

Gallimard, 9782070639366, 11,80 euros

Quand j’ai vu la couverture de Les enfants sont méchants, j’ai d’abord été curieuse, je me suis dit : « Tiens, un auteur qui fait dans l’ironie, voyons voir. » Car je ne m’attendais pas à autre chose dans un livre à destination des 4-5 ans. La première lecture m’a déroutée, incapable de me décider entre ironie et sincérité. A la deuxième, mon avis était fait : ironie ou sincérité peu importe après tout si un adulte arrive à se poser la question, qu’en sera-t-il des enfants ? Pour moi un texte destiné à la jeunesse ne doit pas laisser la place à l’ambiguïté.

Si je fais une synthèse rapide du texte, voilà ce que j’obtiens. La formule « les enfants sont méchants » apparaît 8 fois en tout en comptant le titre. Les enfants sont associés à l’adjectif « méchants » 4 autre fois, 5 en comptant le « tu n’es pas gentille ». Les parents sont associés à l’adjectif « gentils » 6 fois contre 1 seule petite fois pour les enfants (uniquement quand ces derniers sont endormis).

Consciente quand même que je ne suis pas la maman la mieux placée pour apprécier un tel texte, j’ai essayé de me mettre dans la peau d’une autre maman normale. Je me suis donc posée les questions suivantes :

- y a-t-il une histoire ? un déroulement ? (pas vraiment, c’est juste une énumération d’exemples dans lesquels les enfants se comportent de façon désagréable)

- mon enfant peut-il trouver du plaisir à écouter cet album ? (euh....... non)

- quel message veut faire passer l’auteur ? (je ne sais pas)

Avec cette dernière question en est venue une autre : que dit l’auteur de son propre texte ? J’ai cherché et j’ai trouvé ça sur son blog : « Les enfants sont méchants chez gallimard-giboulées. Ill de Aurélie Guillerey. J'adore ses illustrations, c'est la grande classe. C'est un album où un adulte dépassé par les évènements raconte outré, tout ce que les gosses font subir aux grands... j'espère venger tous les parents du monde... » J’avais espéré que l’auteur se justifie autrement, me prouvant par a + b que je m’étais lamentablement trompée. Il semble que non : pas d’ironie apparemment dans le titre. L’auteur n’écrit donc pas à destination des enfants mais de leurs parents. Ce qui dans un sens me rassure, les parents (même normaux) devant normalement acheter des livres à leurs enfants destinés à eux.

Alors si Vincent Cuvellier a essayé de faire de l’humour, cette fois il n’est pas drôle... En tout sincérité, s’il ne tenait qu’à moi, Les enfants sont méchants repartirait directement chez l’éditeur (sans passer 3 mois sur l’étagère, sans toucher 10 000 euros). A ce moment-là, j’étais prête à classer Vincent Cuvellier dans la catégorie « auteur à fuir ». Mais, j’ai également vu sur son blog qu’il avait écrit deux autres albums, premiers titres d’une série.

Et c'est ainsi que de la colère devant Les enfants sont méchants je passe aux rires devant les aventures de ce petit Emile, délicieusement espiègle. Mon seul petit bémol (oui je sais, je deviens insupportable intraitable) concerne la réaction de la maman dans Emile veut une chauve-souris, qui (si elle avait lu Faber & Mazlish) aurait pu, au lieu de dire ça « De toute façon Emile, je ne vois pas pourquoi je discute. On n’aura pas de chauve-souris, point à ligne. Personne n’a de chauve-souris dans sa maison. Il n’y a aucun enfant au monde qui a une chauve souris dans sa chambre et, si tu n’es pas content c’est la même chose ! »... répondre quelque chose comme ça « Eh bien, tu sembles vraiment décidé à adopter une chauve-souris. Tu as prévu comment aménager la maison pour l’accueillir dans les meilleures conditions possibles. Le problème c’est que les chauves-souris ne sont pas des animaux de compagnie, il nous est donc impossible d’en avoir une. » Heureusement que Emile n’est pas aussi difficile que moi et que la réponse de sa maman ne l’empêchera pas d’avoir une bien meilleure idée. Et quand Emile joue à l’homme invisible croyez-moi, il est impossible de ne pas éclater de rire. J’espère même que Gabriel aura assez d’imagination pour pouvoir faire un truc pareil... un jour prochain. Et pour 6,00 euros, on aurait tort de s'en priver.

 

emile chauve souris             emile est invisible  

Le blog de la librairie La soupe de l’espace en parle aussi. Et pour les plus curieux, la fameuse chute de l’histoire se trouve- ! 

Voici les extraits de l'album: Les enfants sont méchants de Vincent Cuvellier.

Les enfants sont méchants-page1

PS : et sinon pour aller plus loin dans « les enfants sont méchants / gentils », ce livre trouvé en bibliothèque m’a beaucoup aidé à avoir une vision différente et changer ma façon de parler.

gentil méchant

Gentil – méchant, Catherine Dolto-Tolitch