L’éducation, tout comme les vêtements, la décoration intérieure ou la cuisine suit la mode et l’air du temps. Les librairies ont donc vu arriver ces deux dernières années sur leurs étagères, de plus en plus de livres sur l’éducation et notamment l’éducation consciente ou plutôt non violente. Ainsi, vous trouverez de plus en plus de livres dont le titre contienne ces mots : non violent, sans cris, sans fessés, rester zen, dire non...

Depuis que je suis devenue maman et que je me suis intéressée de près à l’éducation consciente, j’ai tendance à oublier mon esprit critique et mon libre arbitre devant des lectures d’article ou de livres traitant du sujet. Mon conjoint m’a donc mis en garde et m’a très justement dit ceci : « Tu sais, derrière ces livres, il y a une mode et surtout il y a des gens qui veulent se servir de cette mode pour faire de l’argent. Ecrire un livre, c’est comme faire un tube, il faut remplir certains critères de longueur, de tonalité, de mots. Pour tes livres c’est pareil, il faut un nombre minimum de pages pour justifier un prix, donc les auteurs font du remplissage. » Je dois admettre après réflexion que son argument tient la route. Combien de fois en lisant un roman, je me suis dit que ce paragraphe franchement on aurait pu s’en passer. Me voilà donc après cette discussion avec un regard neuf sur ma bibliothèque de maman consciente. Et paradoxalement, ce regard en devenant plus critique est aussi devenu plus tolérant et donc plus expérimenté. Explications...

Je viens de terminer la lecture de 100 façons de se faire obéir (sans cris ni fessées). Dès le titre, on peut classer ce livre dans la catégorie « éducation consciente ». Pourtant, (et j’y reviendrai plus longuement après), certaines « façons de se faire obéir » sont bien loin de mes attentes (punitions, isolement, mensonge, chantage...). Sur le coup, je le reclasserai bien dans la catégorie « éducation traditionnelle ».  Mais avec le recul, et grâce à la remarque de mon conjoint, je me suis dit finalement qu’il n’y a pas de « mauvais » livres sur l’éducation, il n’y a que des « bons » produits correspondant à un public de parents différents. Je me dis aussi qu’un client achèterait ce livre surtout parce que c’est la mode plutôt que par réelles convictions. En effet, j’imagine que tout parent sensibilisé par une éducation consciente, se renseignerait avant sur les livres existant en consultant les blogs et autres sites sur Internet et 100 façons... ne figurerait très certainement pas sur la liste.

Cependant, loin de jeter la pierre à ce genre de livre, je revendique même leur création. Car tout livre traitant d’éducation respectueuse vaut la peine d’être lu et que peu importe si le client l’achète pour suivre une mode dans la mesure où il le lit, il y a de fortes chances pour qu’il adhère aux idées, qu’il essaye et qu’il décide d’aller plus loin.

100 facons

100 façons de se faire obéir (sans cris ni fessées), Anne Bacus

Marabout, 9782501076487, 15,90 euros

En lisant 100 façons... j’avais avec moi un petit papier séparé en deux colonnes « positif » et « négatif ». Je m’en suis servi pour répertorier les conseils, les expressions, les idées utiles pour juger ce livre. Au risque de paraître trop scolaire, je n’ai pas trouvé d’autre façon de vous présenter ce tableau qu’en commençant par les points négatifs pour finir par les positifs.

Ce qui me dit NON :

Dans l’ensemble du texte (sauf dans la dernière partie), le manque d’exemples concrets de choses à faire ou à dire. L’auteur donne plutôt des exemples de choses que l’on fait généralement et qu’il ne faudrait plus faire sans donner d’autre solution.

Dans les exemples concrets, l’auteur conseille de citer le prénom de l’enfant avant chaque ordre. J’ai moi-même tendance à le faire et je me rends compte que je ne prononce Gabriel quasiment que pour lui donner un ordre. J’essaie donc de me corriger, surtout qu’étant le seul enfant dans la maison, il ne peut y avoir de confusion...

Le manque d’interaction avec l’enfant pour qu’il trouve lui-même la solution à un problème, à une bêtise. C’est le parent qui a le dernier mot et qui choisit par conséquent la punition ou la récompense.

Soutenir la personne qui punit (surtout si c’est un enseignant) ou qui fait une remarque quitte à en discuter... avec l’adulte (et non avec l’enfant) plus tard.

L’auteur n’insiste pas assez à mon goût sur les émotions de l’enfant face à une situation et leur légitimité.

L’utilisation du compte à rebours (1... 2... 3...) ne me paraît pas assez claire et trop propice à des débordements. Pour preuve, l’auteur elle-même a recours à des variantes. Si le 1... 2... 3... ne marche pas du premier coup, le refaire en aggravant les conséquences (plus de temps dans la chambre, privation d’autre chose). Parfois, la situation exige de dire tout de suite 3 (comme taper quelqu’un ou casser quelque chose). Je ne vois pas comment l’enfant pourrait intégrer la règle de ce principe étant donné qu’elle est amenée à changer.    

Le recours à la punition, la récompense et l’isolement. L’auteur préconise d’utiliser la récompense comme finalité d’un contrat passé entre le parent et l’enfant. Chacun veut quelque chose de différent et troque le service contre l’autre. Personnellement, je trouve ce fonctionnement peu logique et je lui préfère la résolution de problème (qu’elle conseille également plus tard). Quand survient un problème récurrent, il me semble plus judicieux de travailler ensemble sur le problème en question (le rangement de la chambre) plutôt que de chacun  travailler pour soi (ranger la chambre / avoir tel objet). Si je mettais un contrat en place avec Gabriel, j’aurais en plus d’avoir l’impression de l’acheter, l’impression de me battre contre lui pour avoir ce que je veux. Surtout qu’il me semble qu’à long terme ce fonctionnement a de grandes chances de perdre en efficacité. Voici un exemple donné par l’auteur : «  Kim a très envie d’un lecteur MP 3. Ses parents ont discuté avec elle : si sa chambre est maintenue rangée, régulièrement aérée, que l’aspirateur est passé chaque semaine et la vaisselle sale rapportée à la cuisine chaque jour, cela pendant trois mois, Kim aura son lecteur à Noël. » Pour moi la mission de Kim : ranger sa chambre, la nettoyer, ramener la vaisselle propre tous les jours pendant trois mois est insurmontable. Donc il y a de grandes chances pour qu’elle ne s’y tienne pas mais que ses parents lui offrent quand même son lecteur à Noël.

A propos de l’isolement, l’auteur dit « Il est important d’insister sur le fait que le hors-jeu n’est pas avant tout une punition, mais un moment pour se calmer, s’isoler, réfléchir, retrouver ses esprits. » En cherchant la définition du mot punition dans le dictionnaire j’ai trouvé ceci : « Infliger à quelqu'un un châtiment, une peine en expiation d'une faute. » L’isolement est donc bien une punition. Il me semble aussi plus judicieux de s’isoler soi plutôt que d’isoler l’enfant car souvent dans ces cas-là, le plus énervé c’est nous. De plus, si c’est l’enfant qui est hors de lui et qui a besoin de se calmer, il suffit à l’adulte de quitter la pièce ou au pire de mettre l’enfant dans une pièce (sans fermer la porte) en lui expliquant qu’il a le droit d’être en colère mais que ses cris nous gênent vraiment trop.

En ce qui concerne les punitions, je dirais simplement qu’aujourd’hui quoi qu’on m’en dise je remettrai toujours leur efficacité en doute. C’est d’ailleurs ce que concède l’auteur. En fait, je trouve assez « dangereux » de préconiser les récompenses, punitions et isolement dans la mesure où l’auteur insiste sur le fait qu’ils ne sont pas efficaces sur le long terme et qu’il faut les utiliser froidement, sans laisser notre colère nous emporter. Or rien n’est plus difficile quand on est en colère d’agir calmement... Alors à mon avis, dans ces moments-là mieux vaut avoir à sa disposition des habiletés inoffensives plutôt que des armes à manier avec précaution. Pour vous donner un exemple. Dans son livre, l’auteur dit que certains parents trouvent qu’isoler un enfant dans sa chambre n’est pas assez punitif car il a trop de distractions à sa portée. Je comprends aisément cette envie de blesser, de faire mal quand on est en colère, étant donné que je l’ai vécu récemment. Au moment de changer Gabriel pour aller au lit, il me donne une grande gifle bien sonore. Après m’être retenue de le frapper à mon tour, j’ai réussi à lui dire ma colère en criant. Ensuite, il m’est venu à l’esprit de le priver d’histoire avant de le coucher. Puis je me suis ravisée, j’ai fait le point sur la situation et je lui ai dit : « Il est maintenant l’heure de se coucher. Je suis très en colère et je n’ai pas du tout envie de passer du temps avec toi et de te lire une histoire. Je vais donc te laisser lire tout seul et quand je reviendrai, il sera temps de dormir. » Pendant que Gabriel lisait son histoire, je me suis calmée en étendant le linge. De retour dans la chambre, on était calme tous les deux et Gabriel s’est endormi normalement. Le taper ne l'aurait pas empêcher de recommencer plus tard. Le priver d'histoires aurait été une punition sans rapport avec l'acte qu'il a commis et aurait rendu le coucher sinon impossible, du moins long et pénible pour tous les deux. Céder à la violence, tant verbale que physique est super facile alors je ne m’imagine pas punir avec calme et bienveillance.

Et voici ce qui me dit OUI.

Rappeler tout au long du livre que les enfants sont des enfants et que par conséquent leur demander d’être raisonnable est parfaitement illusoire.

Etant donné que c’est dans la majorité des cas l’adulte qui a un problème avec le comportement de l’enfant, c’est donc à l’adulte de faire en sorte que les choses s’arrangent, de trouver les solutions et de se donner les moyens de les mettre en place.

L’auteur conseille aux parents de mettre l’accent sur l’acte qui pose problème plutôt que sur la personne. Elle conseille également d’utiliser « je » et « tu ».

J’apprécie également la mise en garde de la permissivité quand l’auteur dit : « Expliquer n’est pas justifier. L’explication ne vise pas à convaincre que la demande est justifiée, mais simplement à montrer que votre éducation est cohérente et que vos demandes ont du sens. Vous ne cherchez pas l’accord de votre enfant. » C’est aussi quelque chose que j’ai tendance à faire avec Gabriel et que je m’efforce de corriger. Maintenant quand je l’informe de la suite du programme, j’essaie de bannir le fameux « d’accord ? » à la fin de la phrase. Evidemment que dans ces cas-là sa réponse est « Non. » [ben quoi tu me demandes mon avis, je te réponds !]

Donner plus d’attention au positif qu’au négatif dans un comportement.

Reconnaître les émotions de l’enfant et les lui nommer pour qu’il apprenne à mieux se contrôler. Et également la petite phrase « Par l’expression de vos émotions, vous justifiez la sienne. » Ainsi par extension, l’auteur remet aussi en cause l’expression de la violence physique : comment demander à un enfant de ne pas taper si je le tape ?

Mettre en garde contre les dangers de la punition et reconnaître l’efficacité d’autres techniques : « Les punitions ne sont pas une très bonne manière de mettre un terme à un comportement indésirable. Elles vont de pair avec le fait de se fâcher, de gronder, de crier, de menacer, de sermonner, toutes méthodes fréquemment utilisées mais peu efficaces. Si elles sont si utilisées, c’est qu’elles ont le mérite de la simplicité et de la spontanéité. Pour autant on est assez loin d’une véritable éducation à la responsabilité et à l’autonomie. »

Enfin, je dis « oui » à toutes les habiletés que j’ai trouvé dans Faber & Mazlish : humour, choix, valoriser le positif, laisser les conséquences naturelles, éviter les étiquettes...

Mais au bout du compte, qu’est-ce qui va me servir à moi ? Après la lecture de ce livre, j’essaierai de moins prêter attention aux comportements négatifs de Gabriel. Mon challenge est de réagir davantage au positif qu’au négatif en espérant que le dernier tente de moins en moins Gabriel. J’ai aussi mis en place une nouvelle technique que je n’avais jamais vraiment utilisée : le regard. Maintenant quand je parle à Gabriel et surtout quand je l’informe ou lui demande quelque chose, je me baisse et m’assure que j’ai son regard pour commencer à parler. C’est fou comme pour l’instant c’est beaucoup plus efficace.

Sans grande surprise, voici la note que j’attribue à ce livre.

main orange

Je nuance néanmoins en précisant que c’est un bon livre pour sensibiliser un parent à une autre méthode éducative. Les éditions Marabout, une mise en page attractive et dynamique, une couverture efficace... C’est un livre à la mode, dans l’air du temps, qui « fait bien » et qui fera peut-être, qui sait, d’autres adeptes de l’éducation non violente.